Alternatives au Revenu Universel

Publié le par MS21

Alternatives au Revenu Universel

LA PLACE DU TRAVAIL DANS UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE

1ère partie : Etat des lieux

 

Dans un précédent texte, le MS21(http://ms21.over-blog.com/2017/02/le-revenu-universel-un-progres-social-ou-un-leurre.html) soulignait que le revenu universel d’existence, mis en avant par le candidat du PS, Benoît Hamon, n’est dans le contexte actuel qu’un produit du système néolibéral dans la mesure où il ne prend en considération que les effets de la précarité (revenu minimum) et non ses causes (société inégalitaire). Le revenu universel apparaît n’être qu’une fausse avancée sociale dans une société marquée par des inégalités inacceptables où 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 1000 € par mois, rongée par un chômage de masse touchant plus de 6 millions de personnes.  Cette situation se trouve en France, pays riche dont le produit intérieur brut (PIB) qui représente la richesse créée par l’activité productive de l’année, vaut environ  2 000 milliards (Mds) €. Pour en situer également l’ampleur, alors que le budget de l’Etat est de 387 Mds €, les dividendes et intérêts non taxés des entreprises et des banques s’élèvent à 318 Mds € et on évalue à 80 Mds € l’évasion fiscale chaque année. Il y a nécessité de proposer d’autres alternatives pour sortir d’une telle situation et pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et démocratiques : la lutte contre le chômage, la désindustrialisation du pays, les droits des salariés et plus précisément la place du travail dans une société démocratique.

Quelques données plus précises sur le chômage
Pour l’INSEE en décembre 2016, le nombre de chômeurs était de 6 239 700 personnes, classées en différentes catégories par le ministère du Travail et par Pôle emploi.
La catégorie A représente les personnes en recherche d’emploi : 3 473 100 personnes
Les catégories B et C représentent les chômeurs ayant travaillé moins de 78 heures le mois précédent (715 100 personnes) ou plus (1 287 500 personnes). Ces deux catégories sont les marqueurs de la précarité sociale qui touchent environ 2 millions de personnes.
Les catégories D (chômeurs en formation : 341 600 personnes) et E (chômeurs placés sous contrats aidés : 422 400 personnes) représentent les personnes au devenir incertain à l’issue d’une formation ou d’un emploi aidé, soit plus de 750 000 personnes.
Ces données ne prennent pas en compte les chômeurs qui sortent des statistiques officielles, certes les personnes ayant retrouvé un emploi (104 800 personnes), mais aussi celles en « défaut d’actualisation » (214 700 personnes), les « radiations administratives » (50 900 personnes) et les sortis pour arrêts de maladie, maternité ou départ à la retraite, … (39 200 personnes), soit environ 300 000 personnes en plus des statistiques officielles, sans compter les personnes qui ont renoncé à s’inscrire.
La question du travail est donc centrale en cette période où les peuples sont dominés par le pouvoir de la finance internationale. A l’heure du 60ème anniversaire du Traité de Rome, il faut rappeler le discours mémorable de Pierre Mendès-France qui bien que favorable à la construction d’une « Europe dans l’expansion et dans le progrès social » vota  contre le Traité de Rome, car disait-il « nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans les matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique ». Et il ajoutait « l’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale ». De ces mises en garde, il en fut autrement, nos élus et gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont cédé aux marchés financiers le pilotage de notre économie, se rendant ainsi responsables de notre perte de souveraineté nationale et populaire. La règle de l’Union européenne imposant le libre-échange, c’est-à-dire la libre circulation des capitaux, des biens et des services a autorisé le dumping social, fiscal et environnemental, favorisant le profit des possédants au détriment des travailleurs. Cette dévalorisation du travail est également tout autant visible si l’on regarde l’évolution du droit du travail de ces trente dernières années.

Le droit du travail : avancées et reculs
Les employeurs veulent discipliner la main-d’œuvre et les salariés cherchent à limiter le pouvoir patronal dans les entreprises. Le droit du travail constitue le champ de bataille législatif marqué par des avancées sociales et des reculs. La montée du chômage de masse à partir des années 1980 place le salariat sur la défensive. Les conquêtes de la période des « Trente glorieuses » (1946-1975) sont remises en cause, même si certaines luttes continuent à porter leurs fruits. Pour mesurer cette régression sociale, cinq domaines de cette évolution peuvent être analysés.
L’égalité professionnelle est le seul domaine où la lutte sociale a permis des avancées réelles, mis à part la période de la collaboration en 1940 qui interdisait l’embauche des femmes mariées dans la fonction publique. La reconnaissance de l’égalité professionnelle débute à la Commune de Paris (1870) qui affirme l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes. La seconde avancée concerne la durée du congé maternité qui passe de 8 semaines en 1909 à 16 semaines en 1980. L’égalité professionnelle devient en 2001 un thème obligatoire de la négociation annuelle au niveau de l’entreprise. La lutte contre les discriminations (âge, orientation sexuelle) devient un thème de mobilisation à partir des années 2000. Néanmoins aujourd'hui la parité est loin d'être acquise, il n'est qu'à voir la composition des conseils d'administration des grandes entreprises. Par ailleurs, les femmes gagnent en moyenne 19% de moins que les hommes.
Les droits syndicaux sont issus d’une longue tradition des luttes ouvrières, reconnaissance du droit de grève (1864), autorisation des syndicats professionnels (1884), création légale des délégués du personnel (1936). La première régression est marquée par le régime de Vichy qui interdit les confédérations syndicales. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la grève est un droit fondamental inscrit dans le préambule de la Constitution (certains veulent aujourd’hui l’interdire pour les fonctionnaires) et la représentation syndicale interne à l’entreprise est autorisée en 1968. Les lois Auroux de 1982 renforcent les comités d’entreprise et les délégués du personnel, obligent à une négociation annuelle des salaires et du temps de travail et autorisent le droit d’expression directe. La régression s’installe durant la présidence de Nicolas Sarkozy imposant en 2007 un service minimum dans les transports avec l’obligation de signaler 48 heures à l’avance l’intention de faire grève. Sous la présidence de François Hollande, la loi Rebsamen en 2015 élargit le recours à la délégation unique du personnel (remplaçant les CE, DP et CHSCT) dans les petites et moyennes entreprises. L’année suivante, la loi El Khomri donne la priorité à l’accord d’entreprise au détriment de la loi et des conventions collectives de branche. Par ailleurs, la judiciarisation de l'action syndicale (ex : Goodyear) vise à intimider les salariés.
La santé et la sécurité au travail est une suite d’avancées et de reculs. La prévention des accidents du travail naît en 1893 avec l’obligation pour les employeurs de prendre des mesures de sécurité. Cinq ans plus tard, premier recul, les accidents du travail relèvent d’un régime spécial et si l’employeur est présumé responsable, il échappe à des poursuites. En 1909, une première loi interdit une substance toxique (la céruse, pigment blanc à base de plomb), mais dix ans plus tard la loi privilégie l’indemnisation (avec une liste très restrictive des maladies professionnelles) plutôt que la prévention. En 1942, le régime de Vichy crée la médecine du travail mais celle-ci vise le test d’aptitude (orientation biologique de la main-d’œuvre) plutôt que la prévention. En 1946, la refondation de la médecine du travail vise cette fois à « éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail ». En 1976, l’employeur doit démontrer qu’il ne peut reclasser les personnes inaptes à leur poste s’il veut les licencier. Les lois Auroux créent en 1982 les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Mais en 2002, la médecine du travail est renommée service de santé au travail et l’accompagnement de mise aux normes des entreprises prime sur celui de la santé des travailleurs. Et pourtant les exemples d'atteintes graves se multiplient, de l'amiante aux pesticides utilisés dans l'agriculture.
Le temps de travail est un enjeu essentiel dans le droit du travail. La première avancée fondamentale est l’interdiction du travail des enfants de moins de huit ans et une durée journalière limitée à 8 ou 12 heures pour les autres. A cette époque, les libéraux crient déjà à l'atteinte à la liberté du travail. Cette première mesure, prise en 1841, marque la naissance du droit du travail. Il faut attendre ensuite un demi-siècle, en 1892, pour que la journée de travail soit limitée à 10 heures (enfants), 11 heures (femmes) et 12 heures (hommes). Les deux semaines de congés payés et 40 heures de travail hebdomadaire marquent les avancées du Front populaire en 1936, mesure qui se transformera en cinq semaines de congés payés et 39 heures de travail hebdomadaire en 1982 suite à l’arrivée de la gauche au pouvoir. La dernière mesure emblématique sera la réduction de la durée hebdomadaire du travail à 35 heures par les lois Aubry en 2000. Mis à part la régression des lois de Vichy qui autorisent jusqu’à 20 heures de travail supplémentaire chaque semaine, le recul social a lieu après les années 1980. Pour faire passer les lois Auroux de 1982 auprès du patronat, le gouvernement socialiste introduit pour la première fois la possibilité qu’un accord d’entreprise puisse déroger à la loi sur certains points, notamment la durée du travail. En 1986, la loi Delebarre autorise la modulation du temps de travail dans la limite de 42 heures et la loi Séguin de 1987 sur la flexibilité fait éclater le module du travail hebdomadaire. Le recul se poursuit avec les lois Fillon de 2003-2004 qui portent le contingent d’heures supplémentaires à 180 heures par an et déjà, sous certaines conditions, l’accord d’entreprise peut déroger à l’accord de branche. La loi El Khomri de 2016 achève ce recul social en accordant la priorité aux accords d’entreprise sur les accords de branche en matière d’heures supplémentaires.
La sécurité de l’emploi concerne la nature des contrats de travail qui scellent le niveau de subordination des salariés. Il faut attendre 1890 pour que la rupture du contrat puisse donner lieu à des dommages et intérêts. Les « partenaires sociaux » créent en 1958 un régime d’indemnisation du chômage. En 1973, le licenciement doit être motivé par une cause « réelle et sérieuse » et en 1982 une ordonnance limite le recours au travail temporaire, le contrat à durée indéterminée (CDI) devient le contrat de droit commun. L’ensemble de ces avancées sociales va ensuite subir une forte régression. L’autorisation administrative de licenciement est supprimée (1986), le recours au contrat à durée déterminée (CDD) et au travail temporaire (intérim) est facilité (1988), la rupture conventionnelle du contrat de travail est rendue possible (2008) et à la demande des employeurs on revient à un contrôle administratif des licenciements a minima  (2013) pour écarter les juges judiciaires plus enclins à annuler un plan de licenciement que la justice administrative. Là encore, la loi El Khomri achève le recul social en facilitant les licenciements par la notion de licenciement économique et en attaquant gravement les prud'hommes.
Une des formes les plus caricaturales du système néolibéral, imposé par le biais des textes législatifs de l’Union européenne est la Directive travailleurs détachés dont l’ancêtre est la fameuse Directive Bolkenstein faussement rejetée il y a plus de 10 ans par nos élus, qui permet le dumping social au niveau national pour le plus grand profit des entreprises, ce qui ne fait qu’aboutir au moins disant social et génère des positions xénophobes à l’égard de travailleurs plus pauvres, principalement d‘Europe l’Est, en recherche d’emploi dans l’espace européen. Il faut souligner à cet égard l’indécence de la proposition d’Emmanuel Macron qui se propose de réglementer cette Directive en fixant la durée du contrat du travailleur détaché à un an, le considérant ainsi comme un mouchoir kleenex que l’on jette à l’issue d’un CDD d’une année sans remettre en cause le système d’exploitation du salarié et la pratique des entreprises, un salarié pouvant en remplacer un autre.
Mais plus globalement, le salariat est aujourd’hui en crise avec la dimension du mal-vivre au travail qui ne cesse de s’accroître dans les secteurs privé et public pour constituer à présent un fait de société. En même temps, il nous est donné comme une vérité non contestable, par les médias et par les candidats à l’élection présidentielle (Benoît Hamon, François Fillon),  la raréfaction du travail par la robotisation des activités de production et la révolution numérique alors que les demandes ne sont pas satisfaites dans les domaines de la santé, de l’éducation et  des services à la personne.
L’ubérisation des activités et des services, défendue comme une nouvelle modernité par Emmanuel Macron et ses commanditaires de l’oligarchie financière est devenue un terme commun pour désigner une nouvelle forme d’exploitation sociale. Le salarié, soumis aux ordres et directives de l’employeur, devient de plus en plus une variable d’ajustement dans le bilan de l’entreprise : précarité des contrats de travail, atomisation des statuts (auto-entrepreneur), individualisation des salaires, « primes de performance » liées à des objectifs de résultats et de délai fixés par des entretiens individuels, ….

La désindustrialisation du pays
La recherche du plus grand profit pour les entreprises dans un système non réglementé aboutit soit à un dumping social illustré par l’austérité salariale et les conditions de travail, soit à une politique de délocalisation des activités productives vers les pays à bas coût de main-d’œuvre, rendue possible par la libre circulation des capitaux, non seulement à l’échelle de l’espace européen par l’absence d’harmonisation sociale, mais également au-delà.
Il est important de comprendre qu’il s’agit de conséquences directes d’une orientation politique planifiée depuis plus de cinquante ans par la classe possédante. Elle a utilisé pour ce faire deux grandes armes de destruction massive du salariat. La première est  la mise en place du libre-échange généralisé à l’échelle mondiale via les institutions internationales telles l’OMC, le FMI et la Banque mondiale et surtout à l’échelle européenne avec les divers traités européens qui se sont succédés. La seconde est la hantise de l’inflation et l’obsession de la monnaie forte qui a conduit à la confiscation de la souveraineté monétaire de nombreux pays et à l’installation de l’euro. Soumis à ces deux contraintes, les pays aux économies les plus fragiles sont  maintenant dans l’impossibilité de protéger leur modèle social ou leur appareil productif. Ils se voient dicter leur politique par des oukases de Bruxelles et subissent des cures d’austérité aux conséquences sociales catastrophiques.
On assiste ainsi en France depuis plus de trente ans, avec la complicité de la classe politique dirigeante, à une désindustrialisation du pays, accentuée par la logique de la zone euro qui profite actuellement à l’économie allemande. Un emploi industriel génère trois à douze emplois dans les services, l’inverse évidemment non. La désindustrialisation est un puissant moteur du chômage de masse et de la désertification des emplois hors des grandes métropoles. Ainsi, plus de 2 millions d’emplois industriels ont été perdus durant les quarante dernières années. La part de l’activité industrielle dans le PIB est en chute constante : de 22% qu’elle était en 1970, elle n’est plus que de 11% en 2011.  La désindustrialisation du pays n’est pas que la seule conséquence d’un processus purement économique, elle est également la conséquence de la gestion capitaliste du duo politique droite-gauche que nous connaissons sur cette même période : nationalisation quand ça va mal, privatisation quand l’entreprise est à flot. Le cas exemplaire est la Compagnie Générale d’Electricité (CGE) qui a donné naissance en 1998 à trois grandes sociétés industrielles : Alcatel (télécommunications), Alstom (transport ferroviaire, turbines électriques) et Cegelec (électricité et électronique). La pénétration de capitaux et entreprises anglo-saxonnes a conduit à la perte de pouvoir de l’Etat sur des secteurs clés de l’économie. Il suffit de voir comment la compagnie américaine General Electric a acheté Alstom et son savoir-faire industriel dans le domaine des turbines électriques, ceci grâce à l’autorisation d’Emmanuel Macron dès que celui-ci est devenu ministre de l’Economie. On peut continuer sur cette lancée en évoquant les chantiers navals de Saint Nazaire, le bradage de l’aluminium avec Péchiney, le rattachement de GDF à Suez. Tous ces exemples indiquent qu’une oligarchie financière, renforcée par le Traité de Lisbonne, a méthodiquement dépossédé notre pays de la majeure partie de son industrie, avec les conséquences économiques et sociales que l’on connaît.

La réponse actuelle du système néolibéral aux enjeux économiques et sociaux
Le fonctionnement du capitalisme néolibéral a désormais atteint un stade qui est vécu comme insupportable par la grande majorité des populations. Il fonctionne désormais en faveur d’un minuscule groupe de personnes dont les revenus exorbitants suscitent une juste et légitime indignation sans qu’aucune mesure politique n’ait été mise en avant par les partis dits de gouvernement de droite comme de gauche pour en corriger les effets désastreux au niveau social (correction des inégalités), économique (désindustrialisation) et politique (abstentionnisme ou vote vers l’extrême droite).
Face à une telle situation qui touche à la souveraineté du pays et à sa situation sociale, les mesures à prendre ne peuvent relever d’ajustements sociaux, comme le revenu universel d’existence préconisé par Benoit Hamon, déjà revu à la baisse pour ne plus constituer qu’un RSA amélioré, comme les mesures d’accompagnements pour la soi-disant compétitivité des entreprises comme le suggère Emmanuel Macron qui se place dans la plus parfaite continuité de la politique menée par François Hollande (CIR - Crédit impôts recherche de 6 Mds € aux grands groupes, CICE – Crédit impôts compétitivité emploi de 20 Mds € accordés aux entreprises en 2014, allègements des charges, …..) dont on connaît tout autant les résultats que la popularité.
Sans doute faut-il être plus précis dans la formulation apportée par les candidats à l’élection présidentielle de 2017. Les mesures préconisées par Benoît Hamon sous la forme initiale d’un RSA amélioré à 600 € par mois, versé également à tous les jeunes de 18 à 25 ans qui trouverait son aboutissement à 750 € pour être qualifié comme Revenu Universel d’Existence, protection sociale du XXIème siècle. Tout ceci relève du gadget politique ! Le candidat socialiste reste positionné dans la réponse aux effets de la misère sociale et non dans ses causes. Les autres mesures sociales avancées, l’abrogation de la loi travail, la baisse du temps de travail, la taxation sur les richesses créées par les robots, le droit de véto des représentants du personnel sur les grands choix stratégiques dans les entreprises uniquement de plus de 2 000 salariés, constituent probablement les vœux pieux d’un candidat qui se révèle incapable de s’exprimer clairement sur la cohérence de ses propositions et sur la question européenne.
La position d’Emmanuel Macron est plus nette dans le sens où il affirme un soutien sans faille à la loi travail, à la primauté du contrat sur la loi en « libérant le dialogue social au plus près de l’entreprise et du terrain », en voulant réformer le marché du travail (ubérisation du travail, auto-entrepreneuriat), en assouplissant les 35 heures, en renforçant toutes les facettes de la décentralisation (renforcement du poids des métropoles, déconcentration des services de l’Etat, autonomie des universités, des établissements scolaires et des établissements de santé) et en déclarant que « seule l’Europe peut nous protéger ». Une telle politique vise à supprimer 120 000 postes de la fonction publique d‘Etat et dans les collectivités et à économiser 60 Mds € sur le budget de l’Etat en 5 ans dont plus de 40% pour la seule sphère sociale (dépenses liées à l’assurance maladie et à l’assurance chômage).
Le programme de François Fillon relève tout simplement de la purge sociale : suppression de 500 000 emplois publics, économies de 100 Mds € de dépenses publiques, abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, baisse des charges et impôts sur les entreprises de 40 Mds €, sans compter la volonté de privatisation des dépenses de santé. Le déni, forme rhétorique habituelle du candidat et, au final, forme d’aveu de ne pas vouloir  déchaîner un « capitalisme sauvage » obsédé par le profit, conduit à simplifier le droit du travail, refondre le code du travail en n’y laissant figurer que les normes sociales fondamentales et en renvoyant le dialogue social à l’échelle de l’entreprise. La précarité du salariat est accentuée par la volonté de faciliter le recours à l’auto-entrepreneuriat pour créer le statut de prestataire indépendant. La porosité du programme de François Fillon avec les thèmes récurrents de l’extrême droite s’exprime très clairement sur le refus d’accorder des prestations sociales pour les étrangers avant deux ans de séjour régulier, comme si ceux-ci ne versaient aucune cotisation sociale.
Nous ne développerons pas le programme du FN qui, s’il marque un positionnement critique à l’égard de l’Union européenne et de l’euro comme monnaie unique, reste envers et contre tout un mouvement politique xénophobe, ne serait-ce à titre d’exemple que dans son refus du remboursement des soins de santé pour les étrangers avant deux ans de séjour régulier. Cette proposition se trouve en contradiction avec le dispositif actuel d’aide médicale de l’Etat (AME) permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins.
Le programme de la France Insoumise portée par Jean-Luc Mélenchon apporte des éléments de réponse aux enjeux évoqués précédemment. La remise en cause des privatisations passées ou en cours constitue une volonté de mettre fin au pillage économique de la Nation. La remise en cause des traités européens vise à pouvoir enfin contrôler les mouvements des capitaux, ceux de l’évasion fiscale (près de 20% du budget de l’Etat), mettre en place les mesures pour contrôler le pouvoir de la finance notamment sur l’économie réelle. Dans cette mouvance, l’interdiction des licenciements boursiers, l’augmentation des salaires (SMIC à 1 326 € net pour 35 heures), l’instauration d’un salaire maximum autorisé pour les dirigeants d’entreprise (écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut),  l’abrogation de la loi travail constituent une suite logique pour retrouver une politique au service de l’économie réelle et de l’emploi.

Quelques points de repères

Richesse nationale
PIB (produit intérieur brut) : 2 000 milliards (Mds) €
PIB/habitant : 44 730 US$ (2014)
Pauvreté
Seuil de pauvreté : revenu mensuel inférieur à 840 € (grande pauvreté : 50% du revenu médian) ou 1 008 € (pauvreté : 60% du revenu médian)
Nombre de pauvres : la pauvreté représente 14 % de la population et la grande pauvreté 8 % de la population.
Evolution de la pauvreté entre 2002 et 2011 : progression de la pauvreté de 1,2 millions (+ 16 %) et de la grande pauvreté de 1,1 millions (+ 30%).
Protection sociale et prestations sociales
Budget 2011 : 595 Mds € de prestations sociales (31 % du PIB),  répartis notamment entre la Sécurité sociale (483 Mds €) et l’Assurance chômage (30 Mds €)
Aides sociales de la CAF : 79 Mds €, notamment pour petite enfance (12,6 Mds €), allocations familiales (18,1 Mds €), aide au logement (16,8 Mds €), RSA (10,9 Mds €), allocation handicap (8,0 Mds €)
RSA : 535 € mensuels (personne seule), versement pour 6 millions de Français
AAH (allocation adulte handicapé) : 808 € mensuel pour personne seule sans ressource
CMU (couverture maladie universelle) : plafond de revenus annuels 9 611 € (800 €/mois), 2,2 millions de bénéficiaires en 2012.
CMU-C (complémentaire santé) : plafond de ressources 8 653 € (721 €/mois), 4,42 millions de bénéficiaires en 2012.
AME (aide médicale de l’Etat) pour étrangers en situation irrégulière, plafond de revenus comme pour la CMU, 220 00 bénéficiaires avec une consommation annuelle de soins de 2 000 €.
Non recours aux prestations sociales : 50% (RSA), 29% (CMU-C), … soit un total annuel de plus de 10 Mds €.
Travail
SMIC : 1 149 € (net)
Revenu médian mensuel : 1 730 €
Revenu moyen mensuel : 2 154 €
10% des salariés les moins rémunérés : < 1 200 €
10 % des salariés les mieux payés : > 3 544 €
1 % des salariés les mieux payés : > 8 061 €
Fraudes
Prestations familiales : 698 millions € (1 %)
Sécurité sociale : 2 à 3 Mds € (< 1 %)
TVA : 7 à 9,3 Mds € (5 à 7 %)
Travail au noir des entreprises : 15,5 à 18,7 Mds € (6,2 à 7,5 %)
Impôts sur les sociétés : 10 Mds € (24 %)
Evasion et fraude fiscale : 15 à 19 Mds € (30 à 38 %)


Pour en savoir plus
ATD Quart Monde (2014) En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté. Les Editions Quart Monde.
MS21 (2016) Guerre contre les peuples. Réflexions politiques d’un mouvement citoyen. Ed. MS21.

 

 

 
 

 

 
 

 

 

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