Propagande de guerre

Publié le par MS21

Propagande de guerre

Propagande de guerre

 

L’Histoire de l’humanité est une succession de périodes de paix plus ou moins longues et de guerres plus ou moins destructrices, sur tous les continents depuis la nuit des temps... Comment les dirigeants, les gouvernements, arrivent-ils à faire admettre à leur peuple la nécessité de faire la guerre ?

 

Il existe des méthodes maintenant bien connues qui permettent de conditionner les esprits, de les manipuler. Chomsky parle de la "fabrication du consentement" (1). Ces pratiques sont utilisées par les candidats pendant les campagnes électorales et ensuite par les gouvernements pour faire accepter des lois impopulaires. Mais la propagande de guerre revêt un caractère plus spécifique. Anne Morelli dans son ouvrage "Principes élémentaires de propagande de guerre" (2) a répertorié dix "commandements" utilisés régulièrement par tous les belligérants, avant, pendant et après les conflits.

Personne ne veut la guerre

Il importe que les gouvernements se présentent épris de paix et qu'ils proclament haut et fort qu'ils feront tout pour éviter un conflit. Les exemples ne manquent pas où les responsables politiques affirment leur intention de préserver la paix. Pendant la deuxième guerre contre l'Irak, Colin Powell affirme "Nous les Américains ne cherchons pas à faire la guerre. Nous la faisons avec répugnance". Von Ribbentrop - ministre de Hitler - déclare, en 1939 : "Le Führer ne veut pas la guerre. Il ne s'y résoudra qu'à contrecœur". Cette volonté de paix est un des let-motivs des déclarations de Hitler. Il affirme dans une lettre adressée à Edouard Daladier - Président du Conseil - [qu'il] " renonce à l'Alsace pour éliminer toute source de conflit entre nos deux peuples et éviter une nouvelle effusion de sang" .

Alors malgré toutes ces bonnes intentions – annoncées - de préserver la paix pourquoi ces dirigeants engagent-ils leur pays dans une guerre ? Comment assument-ils ce revirement face à leur peuple ?

Ils sont contraints de faire la guerre

Ils déclarent que c'est le camp adverse qui a commencé et être donc en état de légitime défense, obligés de répondre à une provocation, une menace, etc. Selon cette logique, les guerres seraient-elles donc toutes défensives ? Cette rhétorique est continuellement utilisée par le gouvernement israélien : il n'attaque pas, il ne fait que riposter aux "attaques et aux provocations" des Palestiniens. De même, alors que l'on peut facilement comprendre qu'après la guerre contre l'Irak la Corée du Nord se sente menacée, D. Trump annonce vouloir riposter à un danger imminent.

L'invention de la guerre humanitaire

Tout d'abord l'ennemi doit être bien identifié, avoir un visage et être particulièrement odieux. On ne fait pas la guerre à un peuple mais à un Napoléon, un Kaiser, un Hitler, un Ben Laden, un Kadhafi, un Saddam Hussein, un Milosevic, un Bachar el Assad... Et il faut diaboliser cet ennemi, le décrire comme un barbare, un fou, un monstre et c'est de ce monstre que vient tout le mal. La guerre est le seul moyen de neutraliser ce dangereux personnage capable d'embraser la planète, de provoquer un génocide, de tuer son propre peuple. Il est donc urgent d'intervenir et on a inventé la "guerre humanitaire" ! Quel oxymore !

Remarquons que ces "affreux" ont pu, avant le conflit, être parfaitement fréquentables et être reçus avec tous les honneurs dûs à un chef d’État comme ce fut le cas du Kaiser accueilli par tous les grands de ce monde, de Kadhafi installant sa tente à Paris dans les jardins de l’hôtel Marigny .… Avant la guerre contre l'Irak, Saddam Hussein était notre meilleur allié laïc contre les ayatollahs de Téhéran et il fut soutenu dans sa guerre contre l'Iran par la France et les États-Unis qui l'approvisionnèrent abondamment en armes.

Dénonciation de l'utilisation d'armes non autorisées

De plus, les ennemis, ces "barbares", utilisent des armes non autorisées : armes chimiques et/ou bactériologique, mines anti-personnelles, bombes à fragmentation ou à uranium appauvri, balles "dum-dum" etc. Pendant la première guerre mondiale la polémique fit rage à propos de l'usage des gaz asphyxiants, chaque camp accusant l'autre de les avoir utilisés en premier. Bachar el Assad fut accusé à maintes reprises d'avoir attaqué son propre peuple avec des gaz toxiques, il s'en défend et affirme que ces attaques chimiques sont le fait des rebelles hostiles à son pouvoir - ce que semble confirmer un rapport du MIT (3)- . Qui dit vrai ? Rappelons que le protocole de Genève de 1925 interdit l'usage des gaz asphyxiants ou toxiques et les moyens bactériologiques.

Notons que la France a utilisé le napalm pendant les guerres d'Indochine et d'Algérie et que les États-Unis furent accusés d'avoir utilisé des armes bactériologiques pendant la guerre de Corée ; ils ont répandu des défoliants à base de dioxine au Vietnam (l'agent orange fabriqué par Monsanto) ; il est avéré qu'ils ont injecté la peste porcine à Cuba.

L'OTAN aussi a fait usage de bombes à uranium appauvri et de bombes à fragmentation lors de la guerre contre la Yougoslavie mais elles n'étaient alors prohibées par aucune convention internationale !

L'invention de la guerre préventive

Pour faire accepter la guerre à son opinion publique il faut apporter des preuves irréfutables qu'il s'agit bien d'une guerre préventive destinée à protéger son propre pays – ou à défaut la démocratie - et si nécessaire ces preuves seront fabriquées, on aura recours aux mensonges, aux fausses informations, aux provocations.

Pour légitimer le lancement des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, le gouvernement de Harry Truman a propagé de fausses informations affirmant que le Japon voulait continuer la guerre, que ces deux attaques étaient nécessaires pour stopper définitivement les combats et éviter ainsi des milliers de morts américains supplémentaires ! Une propagande destinée à faire accepter l'horreur de ce bombardement aux yeux de l'opinion mondiale. Alors que « le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires » selon les dires même de Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des États-Unis. Ces bombes étaient davantage un avertissement envers l'URSS.

La fille de l'ambassadeur du Koweit aux États- Unis, se faisant passer pour une jeune kowétienne dont la famille était restée au Koweit, pleurant à la tribune du Congrès en racontant comment, dans son pays, les soldats irakiens avaient jeté les nouveaux-nés hors des couveuses, fit basculer l'opinion publique américaine en faveur de l'intervention en Irak. Mais l'exemple le plus connu est le scénario mis en place par Colin Powell brandissant, devant le conseil de sécurité de l'ONU, un petit flacon dont le contenu était la preuve que l'Irak possédait des armes de destruction massive ; il devenait donc urgent d'empêcher ce "régime" de déclencher une catastrophe planétaire. Cet alibi s'est avéré être un grossier mensonge mais il a permis à Georges W. Bush d'envahir l'Irak en 2003 et de renverser Saddam Hussein qui avait eu la fâcheuse intention de ne plus vouloir vendre son pétrole en dollars.

Il faut un prétexte bien plausible qui sera accepté par le peuple pour déclencher les hostilités.

Au début du mois d'août 1964, le président des États-Unis Johnson et son secrétaire d’État à la défense, Robert MacNamara, informèrent la population américaine que des torpilleurs nord-vietnamiens avaient attaqué des destroyers américains au cours d'une patrouille de routine dans les eaux internationales du golfe du Tonkin, ce qui était une "agression injustifiable". Il apparut plus tard que cet épisode était un coup monté et que les plus hauts responsables américains avaient menti pour justifier le bombardement du Nord Vietnam et cette guerre désastreuse qui dura 10 ans .

Tout le monde s'accorde à dire que la plus grande victime de la guerre est la vérité.

Notes :

(1) Nom Chomsky & Edward Herman : La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie. ( ed. Agone 1988)

(2) Anne Morelli : Principes élémentaires de propagande de guerre . Utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...(Ed Aden)

(3) MIT : Massachusetts Institute of Technology https://www.documentcloud.org/documents/1006045-possible-implications-of-bad-intelligence.html).

Publié dans politique

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M
«Les tactiques de l'Etat islamique, Hayat Tahrir al-Cham et d'autres groupes extrémistes violents incluent l'usage d'attaques suicides, d'enlèvements, d'armes lourdes et légères, d'explosifs artisanaux et d'armes chimiques», peut-on lire sur le site officiel du ministère américain des Affaires étrangères. Pour les autorités russes, il s'agit d'une première reconnaissance des crimes de guerre commis par les djihadistes de l'ex-Front Al-Nosra.

«C'est la première reconnaissance officielle du département d'Etat [américain], pas simplement de la présence, mais, je le souligne, de l'usage d'armes chimiques par les terroristes du Front Al-Nosra dans cette partie de la Syrie pour commettre des attaques terroristes, ce que nous avons maintes fois dénoncé», a ainsi déclaré le général russe, non sans rappeler au passage que le seul cas d'usage d'armes chimiques connu dans la province d'Idleb était celui de Khan Cheikhoun, en avril 2017.

Or, cet incident chimique, qui a causé la mort d'environ 80 personnes, a été imputé à l'armée syrienne par les Etats-Unis, mais aussi ultérieurement par une commission d'enquête de l'ONU. En réaction, bien avant la publication des résultats de cette enquête et sans fournir de preuves sur l'origine de cette attaque, les Etats-Unis avaient tiré 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate, près de Homs.
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