Le Venezuela sans Maduro
Presque tout ce qu’on vous raconte sur le Venezuela est faux - dixit Craig John Murray- alors essayons de rétablir la vérité avec l’aide de ceux qui connaissent bien le Venezuela…(1)
Rappelons que les Etats-Unis ont bombardé Caracas, capturé le Président Nicolás Maduro et son épouse dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026. Ceux-ci sont détenus dans une prison à New York ; leur procès devait s’ouvrir le 17 mars. Hélas plus personne ne pense à eux, le monde entier regarde vers le Moyen-Orient ... une guerre chasse l’autre !
La Constitution du Venezuela prévoit qu’en cas d’empêchement du président de la République, la continuité du pouvoir est assurée par la vice-présidence. C’est donc Delcy Rodriguez qui aujourd’hui remplace Nicolás Maduro. Avocate, figure de proue du chavisme et très proche de Maduro, Delcy a été ministre de la Communication et de l’Information (2013- 2014), des Relations extérieures (2014- 2017), présidente de l’Assemblée constituante pendant l’illégalité de l’Assemblée nationale (2017- 2028), puis ministre de l’Economie en même temps que vice-présidente (2020-2024) où, gérant le pétrole, elle a eu un rôle capital dans le redémarrage de l’économie. Son frère, Jorge Rodriguez, est le président élu de l’Assemblée nationale.
Hélas ! elle va conduire le Venezuela avec un pistolet sur la tempe. Donald Trump ayant averti que si elle n'obéit pas aux ordres de Washington, son sort sera pire que celui de Maduro.
Certains, même à gauche, disent que Delcy Rodriguez a trahi
Trump a discrédité Delcy Rodríguez en la couvrant d’éloges et en affirmant qu’elle était son choix. Trump veut que l’on sache que Delcy Rodríguez est sa marionnette car cela fait partie de son récit de victoire, de la fausse histoire de sa grandeur. Il s’agit également de diviser et d’affaiblir le mouvement socialiste au Venezuela.
En réalité Delcy Rodríguez vit sous un fardeau presque insupportable. Socialiste de toujours, elle se retrouve aujourd’hui prisonnière des États-Unis. Le Venezuela n’est pas l’Iran. Il ne possède ni les capacités militaires, ni la profondeur stratégique, ni les alliances nécessaires pour lutter contre les États-Unis.
Au Venezuela, dans le camp chaviste, personne ne croit une seule seconde que Delcy Rodríguez ait été impliquée de quelque manière que ce soit dans l’enlèvement de Nicolás et Cilia Maduro.
Revenons à la nuit du 3 janvier, jour de l’enlèvement de Maduro. C’est Nicolás Maduro qui a ordonné aux militaires de ne pas combattre en cas de tentative d’assassinat, ce que nos médias n’ont jamais rapporté. En réalité, Maduro savait qu’un tel événement était imminent, même s’il ignorait la date précise. Sa principale préoccupation était d’éviter une guerre entre le Venezuela et les États-Unis, une guerre qui aurait dévasté son pays.
Delcy Rodríguez n’a jamais négocié d’ accords commerciaux avec le Président Trump
Trump a imposé un blocus naval physique aux exportations de pétrole vénézuélien. Des pétroliers transportant du pétrole vénézuélien vers des acheteurs non agréés par les États-Unis ont été arraisonnés par la marine américaine - une livraison destinée à Cuba a été coulée -. Les États-Unis ont ainsi, par la force militaire, pris le contrôle des ventes de pétrole brut vénézuélien.
Les cargaisons de pétrole approuvées par les États-Unis sont désormais vendues sur le marché international, mais les recettes ne sont pas versées à Caracas. Elles sont, chose incroyable, versées au Trésor américain. Savez-vous que les revenus pétroliers irakiens sont traités de cette manière depuis 25 ans ? Nombreux sont ceux qui ignorent que la totalité des revenus pétroliers irakiens est détournée vers les comptes du Trésor américain : les médias traditionnels ne le disent jamais. C’est le modèle colonial classique, c’est du pur et simple piratage.
Delcy Rodríguez ne dispose pas aujourd’hui d’une force militaire suffisante pour riposter. La marine vénézuélienne ne peut rivaliser avec la flotte états-unienne, tandis que les bombardiers géants des États-Unis peuvent atteindre Caracas avec des bombes de 900 kg directement depuis les bases aériennes états-uniennes de Floride. Toute tentative de résistance ouverte déclencherait un changement de régime , synonyme de massacre. Elle est donc en partie obligée de « négocier » avec les occupants la part des fonds vénézuéliens qu’elle est autorisée à dépenser pour son peuple. Elle est contrainte d’accueillir une série de visites écœurantes de sbires de Trump, qui humilient et veulent piller ouvertement le Venezuela. Prétendre que Delcy Rodríguez souhaite cela, et à fortiori qu’elle l’a orchestré, est absurde.
Un ami qui la connaît depuis des décennies a déclaré : « Elle fait tout son possible pour maintenir la paix en ces temps de guerre. »
Sources : https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/03/31/que-se-passe-t-il-au-venezuela-par-craig-john-murray/ (le Blog de Thierry Deronne)
Thierry Deronne Cinéaste belge, universitaire, licencié en communications sociales (ihecs.be), vit depuis 1994 au Venezuela.
Craig John Murray (né le 17 octobre 1958) est un historien et journaliste écossais, ancien diplomate.
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